2. 4. Ontologie platonicienne

L’étude de l’ontologie platonicienne et de ses rapports avec les mathématiques est fondamentale pour comprendre la genèse et la structure du système platonicien. Elle regarde en particulier la théorie des principes comme celle des Idées et des nombres, dont l’interprétation exacte divisa les premiers disciples de Platon. Léon Robin a, dans un travail célèbre, reconstitué cette théorie à partir des seuls textes aristotéliciens. Nous voudrions, dans la tradition de celui-ci, renouer avec une étude du platonisme fondée sur un travail philologique rigoureux et attentive à l’histoire des sciences et des mathématiques pré-euclidiennes. Il s’agit par conséquent de reconstituer dans leur détail les positions ontologiques des différents protagonistes de l’Ancienne Académie, en les rapportant aux modèles épistémologiques qui les fondent et les éclairent, afin de saisir au plus juste les spécificités qui les opposent, avant qu’une possibilité de conciliation ne se fasse jour quelques siècles plus tard, dans un contexte historique et doctrinal profondément modifié. Cette enquête sur l’origine et les différentes versions possibles de l’ontologie platonicienne au sein de l’Ancienne Académie sera poursuivie jusque dans le platonisme de l’Antiquité tardive. Dans le néoplatonisme après Plotin, la lecture et l’interprétation d’Aristote, plus spécialement des Catégories et de la Métaphysique, constituent une première étape d’initiation à Platon. L’interprétation de la doctrine des principes que Platon aurait exposés dans son enseignement oral et de leur compatibilité avec la théorie des Idées s’insère dans un contexte d’appropriations et de subordination de l’aristotélisme en vue de constituer une philosophie de la nature compatible avec le système de dérivation de toutes choses depuis l’Un. Dans cette perspective, il importera non seulement de reconstituer l’histoire des stratégies de réinterprétation et d’intégration de l’hylémorphisme qui, ébauchée au début de l’époque impériale, prend son essor avec Porphyre, pour se poursuivre jusqu’à la fin de l’école d’Alexandrie, mais également d’analyser comment la réception néoplatonicienne des textes mathématiques d’Euclide, ainsi que des néopythagoriciens, fait partie intégrante de l’entreprise d’harmonisation des philosophies de Platon et d’Aristote caractéristique du platonisme tardo-antique.