Boureau Mai-Lan

Titre de la thèse : « Aristote, Du ciel :introduction, édition critique et traduction »

Direction : Marwan Rashed

Résumé du projet de thèse : On lit souvent le De caelo comme un retour à l’enfance de la science, voire à l’enfance de la philosophie aristotélicienne. Du point de vue de l’histoire des sciences, il est en effet difficile d’aborder le De caelo sans condescendance, puisque le traité est construit autour d’erreurs factuelles avérées (modèle géocentrique, monde clos, mouvement réduit à une puissance..). Dans cette perspective, l’étude de la physique du De caelo se réduit inévitablement à celle des impasses de la physique qualitative, avant Galilée et Newton. Les reconstructions génétiques du système aristotélicien n’accordent pas beaucoup plus de crédit à un traité qu’elles considèrent souvent comme une simple étape matérialiste avant les découvertes majeures de la maturité.

Il faut dire que la situation philologique du texte le rend particulièrement inaccessible, malgré trois éditions modernes. Victime de sa popularité au Moyen Âge et à la Renaissance, il représente l’une des traditions les plus contaminées d’Aristote. Pour reconstituer le texte le plus fidèle possible à l’original aristotélicien, après l’avoir dégagé des erreurs de lecture, corrections et gloses d’érudits survenues au hasard de la transmission, il était indispensable d’étudier exhaustivement la tradition manuscrite et d’organiser les différents témoins en un stemma codicum.

En réalisant une nouvelle édition critique, une nouvelle traduction française et une introduction conceptuelle au De caelo, je me propose d’articuler philologie et philosophie pour restituer la portée philosophique du geste aristotélicien dans ce traité. Je tenterai ainsi d’analyser le De caelo comme l’élaboration d’un système du monde fondé sur la seule nature des êtres qui le constituent, c’est-à-dire sans recours à une cause efficiente externe comparable au démiurge du Timée.Dans cette perspective, les conceptions du lieu et de la nature des choses, qui paraissent fantaisistes au regard d’une histoire des sciences linéaire et non philosophique devront moins être expliquées par une mauvaise observation des phénomènes, voire par une rationalité encore balbutiante, que par le rôle qu’elles seraient amenées à jouer dans cette cosmologie nouvelle. La théorie aristotélicienne des modalités, développée à la fin du livre I, devra être comprise dans le même cadre.

 Cependant, il ne s’agira pas seulement dans ce travail d’étudier les solutions internes trouvées par Aristote pour assurer la cohérence de sa cosmologie, mais de montrer que certaines problématiques des physiques modernes se trouvent inaugurées par le système aristotélicien du monde.  Par exemple, en refusant de considérer que la réalité du monde est essentiellement mathématique, Aristote devra affronter à nouveaux frais la difficulté des modalités de l’application des mathématiques au sensible sublunaire, tension prise en charge par le registre hypothétique et expérimental de la physique post-cartésienne.